Le Pape Benoît XVI a écrit que « l’interprétation de la Sainte Écriture demeurerait incomplète si on ne se mettait pas à l’écoute de qui a véritablement vécu la Parole de Dieu » (Exhort. ap. postsyn. Verbum Domini, n. 48) ; et nous voulons nous souvenir de nos frères et sœurs qui nous ont précédés comme protagonistes de cette « tradition prophétique, où la Parole de Dieu prend à son service la vie même du prophète » (ibid., n. 49). Nous le faisons surtout pour recueillir leur témoignage.
Aujourd’hui encore, par la profession des conseils évangéliques et les multiples services de charité que vous offrez, vous êtes appelés à témoigner que Dieu est présent dans l’histoire comme salut pour tous les peuples (cf. Lc 2, 30-31), et cela dans une société où la foi et la vie semblent s’éloigner de plus en plus l’une de l’autre, au nom d’une conception fausse et réductrice de la personne. Vous êtes appelés à témoigner que le jeune, le vieillard, le pauvre, le malade, le prisonnier occupent d’abord une place sacrée sur son Autel et dans son Cœur, et qu’en même temps chacun d’eux est un sanctuaire inviolable de sa présence, devant lequel il convient de s’agenouiller pour le rencontrer, l’adorer et le glorifier.
En témoignent les nombreux “avant-postes de l’Évangile” que beaucoup de vos communautés maintiennent dans les contextes les plus divers et les plus difficiles, même au milieu des conflits. Elles ne partent pas, elles ne fuient pas. Elles restent, dépouillées de tout, pour être un rappel, plus éloquent que mille paroles, du caractère sacré et inviolable de la vie dans sa plus pure essence, se faisant l’écho, par leur présence – même là où grondent les armes et où semblent prévaloir l’arrogance, l’intérêt et la violence – des paroles de Jésus : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car […] leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père » (Mt 18, 10).
Et je voudrais m’arrêter, à ce propos, sur la prière du vieillard Siméon que nous récitons tous chaque jour : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut » (Lc 2, 29-30). La vie religieuse, en effet, avec son détachement serein de tout ce qui passe, enseigne l’indissociabilité entre le souci le plus authentique des réalités terrestres et l’espérance aimante des réalités éternelles, choisies déjà dans cette vie comme fin ultime et exclusive, capable d’illuminer tout le reste. Siméon a vu en Jésus le salut et il est libre face à la vie et à la mort. « Homme juste et religieux » (Lc 2, 25), avec Anne qui « ne s’éloignait pas du Temple » (ibid. v. 37), il garde les yeux fixés sur les biens à venir.


