Il y a une autre force qui ressort dans la fragilité de l’Eucharistie: la force d’aimer celui qui commet des fautes. C’est dans la nuit où il est trahi que Jésus nous donne le Pain de la vie. Il nous offre le don le plus grand, alors qu’il éprouve dans son cœur l’abîme le plus profond: le disciple qui mange avec Lui, qui trempe sa bouchée dans le même plat, est en train de le trahir. Et la trahison est la plus grande douleur pour celui qui aime. Et que fait Jésus? Il réagit au mal par un bien plus grand. Au “non” de Judas il répond par le “oui” de la miséricorde. Il ne punit pas le pêcheur, mais il donne sa vie pour lui, il paye pour lui. Quand nous recevons l’Eucharistie, Jésus fait la même chose avec nous: il nous connaît, il sait que nous sommes pêcheurs, il sait que nous commettons des erreurs, mais il ne renonce pas à unir sa vie à la nôtre. Il sait que nous en avons besoin, parce que l’Eucharistie n’est pas la récompense des saints, non, elle est le Pain des pécheurs. C’est pourquoi il nous exhorte: «N’ayez pas peur! Prenez et mangez».

Chaque fois que nous recevons le Pain de vie, Jésus vient donner un nouveau sens à nos fragilités. Il nous rappelle qu’à ses yeux nous sommes plus précieux que nous ne le pensons. Il nous dit qu’il est content si nous partageons avec Lui nos fragilités. Il nous répète que sa miséricorde n’a pas peur de nos misères. La miséricorde de Jésus n’a pas peur de nos misères. Et surtout il nous guérit avec amour de ces fragilités que nous ne pouvons pas guérir seuls. Quelles fragilités ? Réfléchissons. Celle d’éprouver du ressentiment envers celui qui nous a fait du mal – nous ne pouvons pas guérir tout seuls de cela – ; celle de prendre ses distances des autres et de nous isoler en nous-mêmes – nous ne pouvons pas guérir tout seuls de cela –; celle de pleurer sur nous-mêmes et de nous plaindre sans trouver de paix –  de cela non plus, nous ne pouvons pas guérir tout seuls. C’est Lui qui nous guérit par sa présence, par son pain, par l’Eucharistie. L’Eucharistie est un remède efficace contre ces fermetures. Le Pain de vie, en effet, guérit les rigidités et les transforme en docilité. L’Eucharistie guérit parce qu’elle unit à Jésus: elle nous fait assimiler sa façon de vivre, sa capacité de se rompre et de se donner à nos frères, de répondre au mal par le bien. Elle nous donne le courage de sortir de nous-mêmes et de nous pencher avec amour sur les fragilités des autres. Comme Dieu le fait avec nous. Telle est la logique de l’Eucharistie: nous recevons Jésus qui nous aime et qui guérit nos fragilités pour aimer les autres et les aider dans leurs fragilités. Et cela, durant toute notre vie. Aujourd’hui, dans la Liturgie des Heures, nous avons récité un hymne: quatre versets qui sont le résumé de toute la vie de Jésus. Ils nous disent ceci: que Jésus en naissant s’est fait le compagnon de voyage de la vie; puis que lors de la Cène, il s’est donné pour nourriture; puis, sur la Croix, dans sa mort, il s’est fait «le prix à payer», il a payé pour nous; et à présent, en régnant dans les Cieux, il est notre récompense,  que nous allons chercher, ce qui nous attend.

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